Le triage en kinésithérapie : guide pour sécuriser l'accès direct et le triage.
- il y a 5 jours
- 3 min de lecture

L'évolution de la profession, portée par la Loi Rist, offre aux kinésithérapeutes un rôle central : celui de premier filtre du parcours de soins. Mais cette autonomie nouvelle en accès direct impose une maîtrise parfaite du triage pour garantir la sécurité des patients.
Découvrez comment structurer votre raisonnement clinique pour identifier les pathologies graves masquées par des motifs de consultation courants.
Qu’est-ce que le triage ? Définition et enjeux :
Le triage est une procédure de dépistage systématique. Selon Thibault Desjardins, il vise à identifier les signes de pathologies potentiellement graves chez un patient symptomatique.
L'objectif est double :
Valider si vous pouvez prendre en charge le patient en toute sécurité.
Déterminer la nécessité d'une réorientation médicale (immédiate ou rapide) vers un spécialiste ou les urgences.
Le piège du mimétisme : comme le précise Jean-Marie Kerambrun, certaines pathologies graves "miment" des troubles musculo-squelettiques. Une métastase osseuse peut ainsi présenter tous les traits d'une simple sciatique.
L’arbre décisionnel : l'architecture de votre raisonnement clinique.
Le triage ne se limite pas à une check-list ; c'est un processus de raisonnement clinique et de diagnostic différentiel dynamique. L'arbre décisionnel fourni dans nos cursus permet de transformer une incertitude en une trajectoire de soin sécurisée.
Étape 1 : le "First Look" et l'anamnèse.
Dès le questionnaire initial, le praticien recherche une histoire du patient évocatrice de drapeaux rouges.
Décision : si une combinaison de plusieurs drapeaux rouges est identifiée (ex : douleur non mécanique + perte de poids inexpliquée), le processus s'arrête immédiatement : une réorientation médicale est impérative avant tout geste technique.
Étape 2 : L'examen clinique standard et diagnostic kinésithérapique.
Si l'anamnèse est rassurante, on passe à l'examen clinique.
Examen standard : palpation, tests de mobilité, tests résistés et bilan neurologique. Si tout est ok, on passe au diagnostic kinésithérapique et au traitement kinésithérapique.
Si à l’issue de l’examen clinique kinésithérapique il y a une suspicion de pathologie sévère, on procède à un :
Examen spécifique : utilisation de tests spécifiques et de règles de prédiction clinique. Ces outils permettent de valider une hypothèse (inclusion et on réoriente) ou d'écarter une pathologie spécifique (exclusion et on repart sur l’examen clinique standard).
Étape 3 : le triage dynamique.
Le triage est une "vigilance de chaque instant". L'arbre décisionnel prévoit deux issues majeures lors du suivi :
Amélioration : on valide la pertinence du traitement kinésithérapique.
Stagnation ou aggravation : malgré une prise en charge bien conduite, l'absence de progrès ou l'apparition de nouveaux symptômes (ex : troubles sphinctériens, déficits moteurs) doit déclencher une réorientation médicale rapide.
Expertise de confiance : ce modèle permet de passer d'une pratique basée sur l'intuition à une pratique basée sur les données de la littérature (EBP - Evidence Based Practice).

3. VIT-NVIT : les 7 familles de pathologies à exclure.
Pour ne rien oublier, les experts recommandent l’utilisation de l’acronyme VIT-NVIT, qui regroupe les drapeaux rouges par systèmes :
Vasculaire
Infectieux
Traumatique
Neuro
Viscéral
Inflammatoire
Tumoral (cancer)
4. Drapeaux rouges vs drapeaux oranges.
Le processus de décision repose sur une vigilance sélective, par exemple :
Drapeaux rouges (Red Flags) : signes d'une pathologie biomédicale grave.
Drapeaux oranges : ils signalent des pathologies d'ordre psychiatrique ou psychologique (dépression sévère, risque suicidaire). Bien que non mécaniques, ils nécessitent une réorientation car ils engagent le pronostic vital du patient.
5. Triage ou screening : ne confondez plus.
Concept | Cible | Objectif |
Triage | Patient symptomatique | Identifier la gravité et réorienter |
Screening | Personne sans symptômes | Prévention et détection précoce (ex : diabète) |
"Chaque jour est une première intention :"
En kinésithérapie, la vigilance est constante.
Même avec une ordonnance, l'état d'un patient peut évoluer (ex : une lombalgie glissant vers un syndrome de la queue de cheval).
Le triage est l’outil qui transforme le kinésithérapeute d'exécutant en praticien de première intention responsable et expert.
🎥 Pour aller plus loin (contenu vidéo) :
Découvrez le triage en pratique avec ces deux extraits exclusifs de nos formations :
Le bilan neuro du quadrant inférieur par Thibault Desjardins :
https://youtube.com/shorts/GHDKGcSCs3k?feature=share
Le scan de la cheville par Jean-Marie Kerambrun : https://youtube.com/shorts/UkekhTBhcc4?feature=share
Liens utiles et références
Pour approfondir vos connaissances sur l'accès direct en kinésithérapie, voici une sélection de ressources supplémentaires et d'articles scientifiques.
- Ministère des Solidarités et de la Santé : [Accès direct en kinésithérapie](https://solidarites-sante.gouv.fr/)
- Haute Autorité de Santé (HAS) : [Guides et recommandations](https://www.has-sante.fr/)
- PubMed : [Recherches sur l'accès direct en kinésithérapie](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/)
- Journal of Physical Therapy : [Études sur l'accès direct](https://www.jospt.org/)




Commentaires