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Rééducation LCA : pourquoi le protocole « au calendrier » est mort et comment rééduquer pour la performance ?

  • 29 janv.
  • 6 min de lecture
Rééducation LCA performance sportif de haut niveau

La rééducation du ligament croisé antérieur (LCA) vit une révolution.

Pourtant, dans de nombreux cabinets, on continue de naviguer à vue, calé sur un calendrier préétabli : « reprise de la course à 3 mois », « retour au sport à 6 ou 9 mois ».

Le résultat ? Un taux de re-rupture chez les jeunes sportifs qui reste alarmant et des déficits de force qui persistent.


Le problème n'est pas le temps, c'est la méthode.


Entre l'inhibition musculaire immédiate, les dogmes sur la chaîne ouverte et les pièges des tests de symétrie, il est temps de passer d'une rééducation temporelle à une rééducation critérielle basée sur la performance réelle.


Voici les 4 piliers issus des dernières preuves scientifiques pour remettre vos protocoles à jour.


L’urgence du quadriceps : pourquoi tout se joue la

première semaine ?


Schéma inhibition musculaire arthrogène AMI genou

En tant que clinicien, votre véritable ennemi s’appelle l’inhibition musculaire arthrogène (AMI).


Le « verrou » neurologique :


L'AMI n'est pas une faiblesse musculaire classique, c'est un black-out neurologique. Suite au traumatisme et à l'épanchement articulaire, les voies afférentes vont entrainer une inhibition musculaire reflexe. Les motoneurones du quadriceps sont bloqués.


Résultat : une baisse massive de l'activation volontaire dès les premiers jours.


Le chiffre clé : les déficits de force peuvent persister jusqu'à 6 ans après l'opération.


"The Early Bird Gets the Worm":


Pourquoi est-ce la priorité absolue ?

Parce qu'un quadriceps "éteint" est la porte ouverte au flessum (déficit d'extension) et à une atrophie rapide du vaste médial. Un genou qui ne verrouille pas est un genou qui ne pourra jamais progresser vers la performance.


Vos armes dès J+1:


Puisque le renforcement classique est inefficace tant que le verrou neurogène est en place, votre stratégie doit être neuromusculaire :

  • La cryothérapie et la compression : Indispensables pour calmer la douleur et réduire l’épanchement articulaire, réduisant ainsi les signaux arthrogènes inhibiteurs.

  • L'électrostimulation (NMES) : pour « forcer la porte », rappeler au muscle comment se contracter et limiter l’atrophie.

  • Le Biofeedback EMG : L'outil roi pour aider le patient à reconnecter visuellement son cerveau à ses fibres : favorise l’attention et ainsi la stimulation du cortex moteur.

  • L’imagerie motrice : stimule le cortex moteur via la visualisation du mouvement.



L’alternative non-opératoire : qui peut vraiment se passer de chirurgie ?


Question : chirurgie vs traitement conservateur LCA?

Pendant des décennies, le dogme était simple : une rupture du LCA signifiait un passage quasi systématique au bloc opératoire.

Pourtant, les données actuelles sont sans appel : environ 60 % des patients pourraient obtenir des résultats identiques à 5 ans avec un traitement conservateur bien conduit.


Comment identifier les « Copers » ?


Le choix de ne pas opérer ne repose pas sur la chance, mais sur une évaluation multifactorielle précise :

  • L’absence d’instabilité fonctionnelle : le patient ne rapporte pas de dérobements lors de ses activités quotidiennes.

  • La lésion isolée : le pronostic est bien meilleur en l'absence de lésions méniscales ou cartilagineuses complexes.

  • Les objectifs sportifs : si le retour aux sports de pivot-contact à haut niveau reste un défi sans chirurgie, les activités de faible à moyenne intensité sont tout à fait accessibles.


La stratégie de l’Option A


L'identification d'un patient capable de compenser sa rupture n'est pas toujours immédiate.

La stratégie la plus pragmatique consiste à débuter la rééducation immédiatement (traitement de première intention).

C'est après environ 3 mois de travail spécifique sur la force et la propioception (entre autres…) que l'on réévalue la stabilité fonctionnelle et la confiance du patient.


Vers une cicatrisation spontanée ?


C'est la révolution de ces dernières années : des études comme KANON ou les protocoles de Cross Bracing suggèrent que le LCA peut, dans certains cas, cicatriser spontanément sous réserve d'un protocole d'immobilisation spécifique et précoce.

Une raison de plus pour, dans des cas bien précis, laisser sa chance à la biologie.


Chaîne ouverte : pourquoi il faut arrêter d'en avoir peur

?

Exercice de leg extension chaine ouverte

C’est le point de rupture entre la "vieille école" et la kinésithérapie moderne basée sur les preuves (EBP).

Peut-on faire du leg extension après une ligamentoplastie ? Pendant des années, la chaîne cinétique ouverte (CCO) a été diabolisée par peur de distendre le greffon.

Pourtant, la science a tranché : l'interdire est aujourd'hui considéré comme une perte de chance pour le patient.


Le « diable » n'est pas celui que l'on croit


Pour remettre les choses en perspective, comparons les contraintes mécaniques sur le LCA :

  • La marche : 0,4 x le poids du corps.

  • La CCO avec charge lourde : 0,3 x le poids du corps.


Si votre patient a le droit de marcher jusqu'au cabinet, il a physiologiquement le droit de faire de la CCO.

Les études (notamment Forelli et al.) confirment qu'il n'existe aucune différence de laxité à 6 mois entre les patients qui intègrent la CCO précocement et les autres.


L’isolation : contrer la « triche » motrice


En chaîne fermée (squat, presse), le corps est le roi de la triche : les fessiers ou la jambe saine sont sursollicités pour protéger un quadriceps inhibé.

En CCO, l’isolation est totale, forçant une récupération du pic de force (Peak Torque) bien supérieure.


Protocole sécuritaire (dès la 4ᵉ semaine)


Si absence d’épanchement, amplitude articulaire entre 0° et 100° et verrouillage actif du genou acquis :

  • Zone de sécurité : travaillez entre 0° et 90° de flexion 

  • Tempo « 3-1-3 » : 3s concentrique, 1s isométrique, 3s excentrique pour maximiser le contrôle moteur.


Return to Sport : pourquoi 100 % de symétrie peut cacher un échec ?



Test return to sport LCA neurocognitif et biomécanique

Le verdict tombe souvent ici : « Mon patient saute aussi loin à droite qu’à gauche, il peut reprendre le foot. »

Erreur.

Si vous vous basez uniquement sur la distance, vous passez à côté de la stratégie d'évitement. Le bilan de fin de parcours (Return to Sport - RTS) doit être biomécanique et cognitif.


La révolution neurocognitive


Dans un match, on réagit à un adversaire, pas à un protocole.

Votre bilan doit intégrer :

  • Le Triple Hop réactif : sauter uniquement à l'apparition d'un signal visuel.

  • Le Side Hop cognitif : maintenir une réception unipodale tout en identifiant des lettres sur un écran.

  • Analyse qualitative : traquer le valgus dynamique et la stabilité du tronc via la Qualitative Landing Scale.


Le piège du LSI (Limb Symmetry Index)


Le LSI (rapport jambe opérée / jambe saine) est un indicateur précieux mais trompeur :


  1. Le masquage : un athlète peut sauter loin en compensant avec sa hanche plutôt qu'avec son genou.

  2. L'affaiblissement sain : si la jambe non opérée a perdu du muscle, le ratio est faussement bon.


La solution : coupler le LSI à des valeurs de force absolue.


Un athlète ne devrait pas reprendre le pivot-contact sans un pic de force du quadriceps égal à au moins 3 Nm/kg.


Devenez l'expert de la rééducation LCA


Rééduquer un LCA en 2026, c'est abandonner les fiches papier pour embrasser la physiologie nerveuse et la mesure de la performance.

En maîtrisant l'AMI, la chaîne ouverte et les tests neurocognitifs, vous offrez à vos patients bien plus qu'une cicatrisation : vous leur offrez un retour au sport sécurisé.



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Références et sources scientifiques (EBP)

  • Sur l'Inhibition Musculaire Arthrogène (AMI) :

    • Rice DA, McNair PJ. "Quadriceps arthrogenic muscle inhibition: neural mechanisms and treatment perspectives." Semin Arthritis Rheum. 2010.

    • Sonnery-Cottet R, et al. "Arthrogenic muscle inhibition after ACL reconstruction: a review." Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research. 2019.

  • Sur le traitement conservateur et l'étude KANON :

    • Frobell RB, et al. "A randomized trial of treatment for acute anterior cruciate ligament tears." New England Journal of Medicine. 2010 (Suivi à 5 ans publié dans le BMJ en 2013).

  • Sur la Chaîne Ouverte (CCO) :

    • Forelli F, et al. "Early Open Kinetic Chain Exercises after ACL Reconstruction: A Systematic Review and Meta-analysis." Journal of Clinical Medicine. 2023.

  • Sur les critères de Return to Sport (RTS) :

    • Grindem H, et al. "Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study." BJSM. 2016.

    • Buckthorpe M, et al. "Recommendations for rehabilitation after anterior cruciate ligament reconstruction." Sports Medicine. 2019.

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