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Course à pied au féminin : bilan et accompagnement en kinésithérapie.

il y a 3 jours
8 min de lecture
femme qui fait de la course à pied

Quels repères pour le bilan et l’accompagnement de la coureuse ?


La prise en charge d’une coureuse en kinésithérapie ne peut pas se résumer à l’analyse de sa foulée ou de ses capacités musculaires. La charge d’entraînement, la récupération et les capacités physiques constituent des éléments essentiels du bilan. Mais, selon la situation, celui-ci peut également explorer la santé menstruelle, la disponibilité énergétique, les symptômes pelvi-périnéaux ou encore le contexte de grossesse et de post-partum.

L’objectif n’est pas de considérer toutes les femmes qui courent comme une population homogène nécessitant une prise en charge spécifique.

Il s’agit plutôt d’identifier, chez chaque coureuse, les informations susceptibles d’influencer sa pratique, sa santé, sa récupération et ses objectifs.


Les spécificités féminines enrichissent le raisonnement clinique lorsqu’elles sont pertinentes ; elles ne doivent pas devenir une grille de lecture systématique.


Les coureuses sont-elles plus exposées aux blessures ?


Les données disponibles ne montrent pas de différence globale nette du risque de blessure entre les femmes et les hommes en course à pied. En revanche, certaines blessures ne se répartissent pas de la même manière : les lésions de stress osseux sont davantage rapportées chez les femmes, tandis que les tendinopathies d’Achille sont plus fréquentes chez les hommes [1].

Ces différences constituent des points de vigilance. Elles ne permettent toutefois pas de prédire ce qui arrivera à une coureuse donnée.

Face à une douleur, le bilan reste avant tout individuel : localisation et évolution des symptômes, antécédents, changements récents dans l’entraînement, récupération, capacités physiques et conséquences sur la pratique et la vie quotidienne.

Le sexe apporte une information supplémentaire au raisonnement clinique ; il ne suffit pas à expliquer une blessure.


Commencer par comprendre la charge et la récupération.


Avant de chercher une particularité biomécanique ou une spécificité liée au sexe, il est utile de comprendre ce qui a récemment changé dans la pratique de la coureuse.


A-t-elle ajouté une séance ? Augmenté son volume ? Introduit davantage de vitesse ou de dénivelé ? Prépare-t-elle une compétition ? A-t-elle repris après une période d’arrêt ? Dort-elle moins depuis plusieurs semaines ?


La charge d’entraînement ne se résume pas au nombre de kilomètres parcourus. La durée, l’intensité, la vitesse, le dénivelé, la fréquence des séances et les autres activités physiques doivent également être considérés.

Leur tolérance dépend ensuite des capacités de la coureuse et de ses possibilités de récupération.

La perception de l’effort peut compléter simplement ce suivi.

Multiplier la durée d’une séance par une note d’effort global sur 10 permet par exemple d’obtenir un indicateur de charge interne : une séance de 45 minutes ressentie à 4/10 représente ainsi 180 unités arbitraires.


Ce chiffre ne permet évidemment pas de prédire une blessure. Il constitue surtout un outil simple pour suivre l’évolution de l’entraînement et ouvrir la discussion sur la fatigue, la récupération et les symptômes.


Cycle menstruel : écouter les symptômes plutôt qu’imposer un calendrier.


Les conseils proposant de programmer systématiquement l’entraînement en fonction des différentes phases du cycle menstruel sont aujourd’hui largement diffusés.

Les données scientifiques invitent pourtant à davantage de prudence.

Une méta-analyse consacrée au cycle menstruel et à la performance rapporte des effets moyens faibles, une importante variabilité individuelle ainsi que plusieurs limites méthodologiques dans les études disponibles [2].

Ces résultats ne permettent pas de justifier un programme d’entraînement universel applicable à toutes les coureuses en fonction des différentes phases du cycle.


En pratique, une question est souvent beaucoup plus utile :

« Est-ce que certains symptômes liés à votre cycle influencent votre pratique et, si oui, de quelle manière ? »


Certaines coureuses décrivent des douleurs, une fatigue ou un inconfort récurrents.

D’autres ne remarquent aucune variation particulière.

Un suivi volontaire des symptômes, mis en relation avec les séances, les sensations et la récupération, peut alors aider à mieux comprendre leur expérience individuelle.

L’interprétation doit également tenir compte de la contraception, de l’âge et du contexte de vie.


L’objectif n’est donc pas d’imposer des restrictions en fonction d’une phase supposée du cycle, mais d’aider chaque coureuse à mieux comprendre ses propres réponses.


Santé menstruelle, disponibilité énergétique et santé osseuse : des informations à ne pas négliger.


Une modification inexpliquée des cycles menstruels mérite d’être explorée et ne doit pas être considérée comme une conséquence normale de l’entraînement.


Une faible disponibilité énergétique problématique peut conduire à un déficit énergétique relatif dans le sport, ou REDs. Ce syndrome peut affecter différentes fonctions de l’organisme, notamment la santé osseuse, la fonction reproductive, la récupération et la performance [3].

Il ne se résume ni à une perte de poids visible ni à la présence d’un trouble alimentaire identifié.


Le bilan du kinésithérapeute peut donc aborder, avec tact, l’alimentation, la fatigue, les modifications du cycle et les antécédents de lésions osseuses.

Une fatigue persistante associée à des modifications menstruelles ou à des blessures répétées constitue notamment un motif pour approfondir l’évaluation et envisager une orientation médicale.

Ces signes ne permettent évidemment pas, à eux seuls, de poser un diagnostic de REDs.


Le kinésithérapeute participe ici au repérage et à la coordination des soins, en lien avec le médecin et, lorsque cela est nécessaire, un diététicien ou d’autres professionnels de santé.


Symptômes pelvi-périnéaux : encore faut-il poser la question...


Certaines coureuses n’évoquent pas spontanément leurs symptômes pelviens.

Elles peuvent considérer les fuites urinaires comme inévitables, être gênées d’en parler ou simplement penser que ces symptômes n’ont pas leur place dans une consultation de kinésithérapie.


Une question simple peut pourtant faciliter l’échange :

« Avez-vous des fuites, une sensation de pesanteur ou une douleur pendant ou après la course ? »


La présence de ces symptômes mérite une évaluation adaptée.

Les fuites urinaires ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un manque de force du plancher pelvien et ne justifient donc pas de proposer systématiquement le même programme de renforcement à toutes les coureuses.

Selon les compétences du praticien et les résultats du bilan, une évaluation pelvi-périnéale spécialisée peut être proposée.


L’objectif est de comprendre les difficultés rencontrées par la coureuse et de l’accompagner dans sa pratique, sans banaliser ses symptômes mais sans non plus présenter la course à pied comme systématiquement dangereuse pour le plancher pelvien.


Analyse de la foulée : observer pour répondre à une question clinique.


L’analyse de la course peut apporter des informations intéressantes, à condition de savoir ce que l’on cherche.

Cadence, temps de contact, déplacement vertical, attaque du pied ou encore cinématique du bassin et du membre inférieur peuvent être observés lorsqu’ils permettent de répondre à une hypothèse clinique.

L’objectif n’est pas de rechercher une hypothétique « foulée féminine idéale » ni de corriger systématiquement une particularité observée.

Modifier la cadence ou certains paramètres techniques change la répartition des contraintes. Une adaptation peut diminuer la sollicitation d’une structure tout en augmentant celle d’une autre.

Lorsqu’une modification de la foulée est pertinente, elle gagne donc à être introduite progressivement puis réévaluée selon les symptômes, la tolérance, les objectifs et les préférences de la coureuse.


Renforcement : développer des capacités plutôt qu’appliquer une recette.


La même logique s’applique au renforcement musculaire.

Il n’existe pas une liste d’exercices que toutes les femmes qui courent devraient systématiquement réaliser.

Le programme doit répondre aux capacités identifiées lors du bilan et aux exigences de la pratique : force, contrôle, tolérance à la charge, qualités élastiques ou encore capacité à produire et absorber des forces.

L’objectif est également de rendre progressivement la coureuse autonome.

Elle doit comprendre ce qu’elle travaille, pourquoi elle le travaille, comment faire progresser les exercices et dans quelles situations adapter sa séance.

Le renforcement devient ainsi non seulement un outil d’entraînement, mais aussi un moyen de développer les capacités nécessaires à la pratique de la course à pied.


Après un accouchement : la reprise ne se résume pas à un délai.


« Quand pourrai-je recourir ? »

C’est probablement l’une des questions les plus fréquentes après un accouchement.

Pourtant, une date seule ne permet pas de déterminer si une femme est prête à reprendre la course.

La décision doit notamment considérer la cicatrisation, les symptômes pelviens, les capacités physiques, la tolérance aux impacts et le contexte général de récupération.

Le sommeil, la fatigue, la disponibilité pour s’entraîner et la confiance de la coureuse occupent également une place importante.

Les consensus consacrés au retour à la course après l’accouchement soutiennent une progression individualisée [4].

Des exercices et des tests fonctionnels peuvent apporter des repères intéressants, mais leur réussite ne constitue pas, à elle seule, une autorisation de reprise.

Il est également essentiel de distinguer la reprise d’une activité physique adaptée du véritable retour à la course : les exigences et les étapes ne sont pas identiques.


Sept questions simples à intégrer au bilan d’une coureuse :


Sans transformer chaque consultation en interrogatoire, quelques questions permettent d’élargir rapidement le raisonnement :


  1. Qu’est-ce qui a changé récemment dans votre entraînement ?

  2. Comment évoluent vos symptômes pendant et après la course ?

  3. Comment récupérez-vous entre vos différentes séances ?

  4. Vos cycles menstruels sont-ils réguliers et ont-ils récemment changé ?

  5. Certains symptômes liés au cycle influencent-ils votre entraînement ou vos sensations ?

  6. Présentez-vous des fuites, une sensation de pesanteur ou des douleurs pendant ou après la course ?

  7. Avez-vous remarqué une fatigue inhabituelle ou présentez-vous des antécédents de lésions de stress osseux ?


Toutes ces questions ne seront pas pertinentes chez toutes les patientes.

C’est précisément l’intérêt du raisonnement clinique : identifier les informations qui changent réellement la décision pour cette coureuse.


Individualiser plutôt que chercher « la » prise en charge de la coureuse.


Il n’existe finalement pas une prise en charge de « la femme qui court ».

Il existe des coureuses avec des histoires, des capacités, des symptômes, des contraintes et des objectifs différents.

La charge d’entraînement, les capacités physiques et la biomécanique restent des éléments importants de l’accompagnement.

Mais la santé menstruelle, la disponibilité énergétique, les symptômes pelvi-périnéaux, la grossesse, le post-partum ou encore certaines périodes de la vie d’une femme peuvent également apporter des informations essentielles.

L’enjeu n’est donc pas d’accumuler les particularités féminines.

Il est de savoir quand les rechercher, comment les interpréter et surtout quand elles doivent modifier notre accompagnement.


Approfondir l’accompagnement de la coureuse avec Acces Formation Santé :


Comment mieux intégrer ces différentes dimensions dans sa pratique quotidienne ?

Comment questionner le cycle menstruel sans surinterpréter son influence ?

Comment repérer les signaux pouvant évoquer une faible disponibilité énergétique ?

Quelle place donner aux symptômes pelvi-périnéaux ?

Comment accompagner une reprise de la course après une grossesse ?

Et comment aider une femme à construire une pratique durable tout au long de sa vie ?


C’est cette approche globale et individualisée que Christophe Broy propose d’approfondir lors de la formation :



La formation permettra notamment d’aborder la gestion de la charge d’entraînement, les capacités physiques et le renforcement, la biomécanique de course, la santé pelvi-périnéale et mammaire, le cycle menstruel, la disponibilité énergétique, la grossesse, le post-partum et les différentes étapes de la vie de la coureuse.


L’objectif : donner au kinésithérapeute des outils concrets pour mieux comprendre les spécificités qui peuvent influencer la pratique d’une femme et accompagner chaque coureuse vers une pratique plus autonome, adaptée et durable.




Références

  1. Hollander K, et al. Sex-Specific Differences in Running Injuries: A Systematic Review with Meta-Analysis and Meta-Regression. Sports Medicine. 2021.

  2. McNulty KL, et al. The Effects of Menstrual Cycle Phase on Exercise Performance in Eumenorrheic Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Medicine. 2020.

  3. Mountjoy M, et al. 2023 International Olympic Committee’s (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). British Journal of Sports Medicine. 2023.

  4. Deering RE, et al. Clinical and exercise professional opinion on designing a postpartum return-to-running training programme: an international Delphi study and consensus statement. British Journal of Sports Medicine. 2024.


Article relu, corrigé et validé par Christophe Broy, formateur de la formation « La course à pied au féminin : autonomisation de la coureuse adulte »





 
 
 

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