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Entretien motivationnel : qu’est-ce que c’est et à quoi sert-il en kinésithérapie ?

9 oct.
5 min de lecture

consultation médicale entre une patiente et une professionnelle de santé

Un patient comprend les exercices proposés.

Il les réalise avec vous en séance et prévoit de les refaire à domicile.

Pourtant, à la consultation suivante, il vous explique qu’il ne les a pas faits.

Faut-il lui donner davantage d’explications ?

Revoir le programme ?

Explorer ce qui a rendu sa mise en œuvre difficile ?


L’entretien motivationnel en kinésithérapie offre un cadre pour mieux comprendre ces situations et accompagner le changement avec le patient.

Cette approche s’appuie sur une conversation collaborative, attentive à ses motivations, à ses hésitations et à son autonomie.

Dans un épisode du podcast Kiasma*, Vincent Hamel, kinésithérapeute et formateur en entretien motivationnel, explique comment cette manière d’échanger peut enrichir la pratique au cabinet.


Qu’est-ce que l’entretien motivationnel ?


L’Association francophone de diffusion de l’entretien motivationnel, l’AFDEM*, définit cette approche comme un style de conversation collaboratif permettant de renforcer la motivation propre d’une personne et son engagement vers le changement.

Développé par les psychologues William R. Miller et Stephen Rollnick, l’entretien motivationnel est aujourd’hui utilisé dans de nombreux domaines de la santé, ainsi que dans les secteurs social et éducatif.


Trois éléments permettent d’en comprendre le principe.

Une conversation. L’échange sert à explorer ce que la personne souhaite, ce qui compte pour elle et les raisons qui peuvent soutenir ou freiner un changement.


Une collaboration. Le professionnel apporte ses connaissances. La personne participe à la définition du projet, en partageant son expérience, ses priorités et ses possibilités.


Des motivations propres. Le changement s’appuie sur des raisons qui ont du sens pour la personne concernée. Le soignant l’aide à les exprimer et à les examiner.

L’entretien motivationnel demande donc une posture et des compétences de communication. Quelques questions apprises par cœur ne suffisent pas à en maîtriser la pratique.


Pourquoi informer le patient ne suffit-il pas toujours ?


Comprendre l’intérêt d’une recommandation et pouvoir la mettre en œuvre sont deux choses différentes.

Un patient peut reconnaître l’utilité d’un exercice tout en rencontrant des difficultés concrètes : fatigue, horaires variables, manque d’espace, peur de la douleur ou programme difficile à intégrer à son quotidien.


Il peut aussi éprouver de l’ambivalence : souhaiter les bénéfices du changement tout en ayant des raisons de conserver ses habitudes actuelles.

Dans le podcast, Vincent Hamel invite à examiner plusieurs dimensions : la compréhension de la proposition, la participation du patient à la décision et le coût que représente le programme dans sa vie.

Un exercice qui paraît simple au thérapeute peut demander au patient une énergie ou une organisation importantes. Même cinq minutes supplémentaires peuvent peser dans une journée déjà chargée.


L’absence de réalisation des exercices mérite donc d’être explorée avant d’être interprétée comme un manque de motivation. Selon la difficulté rencontrée, la réponse pourra relever d’une clarification des consignes, d’une adaptation du programme ou d’un échange sur l’ambivalence.


Deux expertises complémentaires dans la consultation


Vincent Hamel souligne une idée centrale : le soignant et le patient apportent chacun une expertise à la rencontre.

Le kinésithérapeute possède des connaissances sur les troubles, les options de prise en charge, les indications et les précautions. Il les mobilise pour évaluer la situation et proposer des interventions adaptées.

Le patient connaît son vécu, ses habitudes, ses contraintes et ce qu’il souhaite retrouver dans sa vie.


Ces deux perspectives sont nécessaires pour construire un projet pertinent.


Le thérapeute peut, par exemple, déterminer les caractéristiques d’un exercice.

Le patient peut préciser quand il pourrait le réaliser, ce qui lui paraît accessible et les obstacles qu’il anticipe.


Cette collaboration aide à relier la pertinence clinique d’une proposition à sa faisabilité au quotidien. Elle préserve aussi la possibilité, pour le patient, d’exprimer un désaccord ou de demander une autre option.


Le sujet rejoint celui du consentement éclairé dans la pratique clinique : un accord verbal gagne à être accompagné d’une compréhension réelle et d’un espace de décision.


Quels changements accompagner en kinésithérapie ?


Les patients expriment souvent un résultat attendu : « Je voudrais avoir moins mal », « retrouver mon autonomie » ou « reprendre le sport ».


Ces attentes sont essentielles. Pour travailler sur un projet de changement, il faut ensuite préciser les comportements que la personne envisage d’adopter ou de modifier.


Cela peut concerner :

  • la reprise progressive d’une activité physique ;

  • l’intégration d’exercices dans le quotidien ;

  • l’évolution d’une habitude de santé ;

  • la participation à une activité jusqu’alors évitée.


L’objectif se définit avec le patient, en tenant compte de la situation clinique.



Femme qui fait de la marche en forêt

Un exemple au cabinet

La situation suivante est une illustration pédagogique.

.

Une patiente souhaite reprendre la marche. Elle en voit l’intérêt, mais redoute une augmentation de ses douleurs et pense manquer de temps.



Le kinésithérapeute peut explorer plusieurs questions :

  • Qu’aimerait-elle retrouver grâce à la marche ?

  • Qu’est-ce qui l’inquiète dans cette reprise ?

  • Quelle place pourrait-elle lui donner dans sa semaine ?

  • Quelle première étape lui semblerait envisageable ?


Les réponses éclairent le projet.

Elles permettent de discuter une proposition adaptée, plutôt que de présumer que la patiente partage déjà l’objectif et les moyens envisagés par le soignant.


Un changement reste une possibilité à construire, pas un résultat garanti. La personne conserve la liberté de décider ce qu’elle souhaite engager.


Quelle place dans une séance de kinésithérapie ?


L’entretien motivationnel peut s’articuler avec le bilan, les exercices et les techniques utilisées au cabinet.


Il devient particulièrement pertinent lorsqu’un patient hésite face à un changement, exprime des raisons contradictoires ou rencontre des difficultés à s’engager dans un projet discuté ensemble.

Dans le podcast, Vincent Hamel décrit cette approche comme une compétence qui vient enrichir la pratique du thérapeute.

L’échange peut aider à mieux comprendre les attentes du patient et à discuter les moyens de prise en charge.

La communication fait ainsi partie du soin : elle contribue à la compréhension, à la relation et à la construction du projet thérapeutique.


Lorsque la prise en charge stagne, cette dimension peut être examinée avec les autres éléments du bilan.


Elle rejoint les questions abordées dans notre article sur l’échec thérapeutique et les leviers à explorer.


Pourquoi se former à l’entretien motivationnel ?


Connaître la définition constitue une première étape. La pratique demande de s’entraîner à écouter, à guider l’échange et à partager son expertise tout en respectant l’autonomie de la personne.


La formation permet notamment de travailler la posture collaborative, les questions, les reflets, le partage d’informations et l’accompagnement de l’ambivalence.


Acces Formation propose le cursus « Entretien motivationnel : accompagner dans le changement », animé par Vincent Hamel et Aurélie Lacour.






Questions fréquentes sur l’entretien motivationnel


L’entretien motivationnel sert-il à convaincre le patient ?

Il vise à explorer et à renforcer les motivations propres de la personne dans un cadre collaboratif. Le professionnel partage son expertise tout en respectant l’autonomie du patient et sa liberté de décision.


Est-il réservé aux psychologues ?

Cette approche est utilisée par différents professionnels de santé, ainsi que dans les domaines social et éducatif. En kinésithérapie, elle peut soutenir l’accompagnement d’un changement de comportement en lien avec la prise en charge.


Garantit-il que le patient fera ses exercices ?

Aucune approche ne garantit la réalisation d’un programme. L’entretien motivationnel permet d’explorer le projet et les hésitations du patient. La faisabilité des exercices, leur pertinence clinique et les contraintes quotidiennes restent également à considérer.


Peut-on l’apprendre en lisant un article ?

Un article permet d’en comprendre les principes. Développer les compétences nécessaires demande de la pratique, des retours sur sa manière de conduire les échanges et un entraînement progressif.



Accompagner un changement qui a du sens pour le patient

L’entretien motivationnel invite à porter attention à ce qui compte pour la personne, à ses raisons de changer et à ses hésitations.

En kinésithérapie, il peut enrichir la rencontre entre l’expertise clinique du soignant et l’expérience du patient, pour construire un projet partagé et adapté à sa vie.



Sources :


 
 
 

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